🔑Mon voisin laisse une clé sous le paillasson chaque soir à 23h. Un soir j'ai pris la clé.
Ok je sais pas si je devrais raconter ça ici mais j'ai plus personne à qui en parler. Mon voisin du dessus, monsieur Renaud, 67 ans, retraité, super gentil. Sauf que depuis 4 mois il pose une clé sous son paillasson tous les soirs à 23h pile. Et un soir, j'ai pris la clé.
Le bruit du paillasson
J'habite au 3e, lui au 4e, juste au-dessus. Mon plafond c'est son parquet. Au début j'ai rien remarqué. Et puis un soir d'octobre, en rentrant tard du taf, je le croise dans l'escalier. 23h02. Il sort de chez lui en pyjama, soulève son paillasson, dépose une clé dessous, le repose, rentre. Je me dis bon ok il attend quelqu'un. Sauf que le lendemain, même heure, même geste. Et le surlendemain. Et toutes les nuits depuis. Je le sais parce que mon plafond grince quand il marche, et je guette maintenant. 23h pile. Toujours.
Le visiteur que personne ne voit
Pendant trois semaines j'ai surveillé qui venait. J'ai même mis mon œilleton à profit, posté devant la porte avec un thé. Personne. Aucun visiteur. La clé reste là toute la nuit et il la reprend à 6h du mat quand il descend chercher son pain. J'ai demandé à la voisine du 5e si elle savait, elle m'a dit qu'elle pensait que c'était pour sa fille. Sauf que sa fille vit à Bordeaux et vient une fois par an. J'ai vérifié sur Facebook. Une fois. Par. An. Alors pourquoi cette clé.
Le soir où j'ai craqué
C'était un mardi. J'avais bu deux verres de rouge en regardant une série sur les disparus de l'Isère. Le générique de fin se lance, et là le grincement habituel. 23h. La porte du dessus qui s'ouvre, le pas lent, le bruit du paillasson. Et un truc en moi a dit vas-y. Je suis monté pieds nus, le cœur dans la gorge. Le paillasson était encore tiède. J'ai soulevé. La clé était là, en laiton, ancien modèle, étiquette en carton avec écrit dessus juste un mot au stylo bille bleu : 'pour toi'. Pour. Toi. J'ai failli redescendre. J'ai pas redescendu.
L'odeur en entrant
La clé tourne sans bruit. Première chose : l'odeur. Pas mauvaise. Florale. Lavande, lessive, et un truc en dessous, sucré, comme du sirop de grenadine. L'appart est rangé au cordeau. Mais éclairé. Toutes les lampes allumées à minuit. Dans l'entrée, sur la console, il y a un cadre avec une photo de moi. Une vieille photo, je dois avoir 19 ans, je suis sur un banc à Lyon, je sais même plus qui l'a prise. Mon estomac s'est retourné. À côté du cadre, une enveloppe avec mon prénom. Mon prénom complet. Y compris le deuxième prénom que personne ne connaît, même pas ma mère l'utilise.
Le salon
J'avance dans le couloir. Les murs sont couverts. Pas de tableaux, pas de posters. Des Post-it. Des centaines. Chaque Post-it une date, une heure, une phrase courte. '12 mars 19h42, elle rentre avec un sac jaune'. '4 avril 22h11, elle pleure sur le palier'. '17 avril 8h, elle a oublié son écharpe'. Quatre murs. Quatre ans de Post-it. J'ai compté plus tard, presque 2000. Chaque jour de ma vie d'adulte dans cet appart, observé, noté, archivé. Sur la table basse, un classeur ouvert. Dedans, des tickets de caisse. Mes tickets de caisse. Ceux que je jette dans la poubelle commune du palier.
La chambre du fond
Je sais que j'aurais dû partir. Je suis quand même allé jusqu'à la chambre du fond. La porte était entrebâillée. Lumière douce. À l'intérieur, un lit fait. Une couverture pliée en triangle parfait. Sur l'oreiller, posé bien droit, un pyjama. Celui que j'avais perdu en mai dernier dans la laverie du quartier. J'avais cherché partout, j'avais accusé une fille de la résidence d'à côté. Mon pyjama. Lavé. Repassé. Sur l'oreiller. À côté du lit, une table de nuit. Sur la table de nuit, un livre ouvert avec un marque-page brodé à la main, mon prénom dessus. Et un verre d'eau plein. Frais. Récent.
Le carnet bleu
C'est en sortant de la chambre que je l'ai vu. Un petit carnet bleu sur la commode. J'ai pas pu m'empêcher. Page 1 : 'Elle a emménagé aujourd'hui. Je l'ai aidée à monter le canapé. Elle a souri, c'était un signe.' Octobre 2021. Le mois où je suis arrivée. Page 47 : 'Le plombier est venu deux fois cette semaine. J'ai noté la marque de sa camionnette.' Page 89 : 'Elle a découché le 14. Je connais le garçon, il est dans le carnet rouge.' Carnet rouge. Il y a un carnet rouge. Je l'ai pas ouvert. Je voulais pas savoir ce qu'il faisait aux gens qui rentraient avec moi.
Ce que j'ai fait après
Je suis redescendue chez moi. J'ai remis la clé sous le paillasson, exactement à l'angle où je l'avais trouvée. J'ai pas dormi. Le lendemain matin à 6h j'ai entendu la porte du dessus s'ouvrir, le bruit du paillasson, et puis ses pas qui descendent. Il m'a croisée sur le palier. Il m'a souri comme tous les matins. 'Bien dormi mademoiselle ?' J'ai souri, j'ai dit oui. Ce soir c'est 22h54. Dans 6 minutes il va poser la clé. La police m'a dit hier qu'ils pouvaient rien faire sans 'preuve d'intrusion'. Sauf que c'est moi qui suis entrée. Vous comprenez le problème.
Idées de sondage prêtes à lancer
- 1Tu fais quoi à sa place quand tu vois la clé étiquetée 'pour toi' ?Tu rentres tout de suiteTu redescends sans toucherTu appelles les flics directTu prends la clé mais tu rentres pasLancer ce sondage
- 2Le pyjama lavé sur l'oreiller : niveau de glaçon dans le dos ?Je déménage cette nuitC'est lourd mais gérableTouchant à la limiteCarrément flippantLancer ce sondage
- 3Le carnet rouge avec les gens qui dorment chez elle, t'oses l'ouvrir ?Oui j'ai besoin de savoirNon je peux plus encaisserJe le prends en photo et je sorsJe le brûleLancer ce sondage
- 4Tu préviens qui en premier ?La policeLe syndicTa mèrePersonne, t'as trop honte d'être entréeLancer ce sondage
- 5Elle doit faire quoi maintenant ?Déménager sans rien direLe confronter en faceMettre des caméras chez elleContinuer à sourire et observerLancer ce sondage
Questions fréquentes
Q.C'est une vraie histoire ?+
Je raconte ce que j'ai vu. Vous me croyez ou pas, c'est votre droit. J'ai mis quatre mois avant d'oser l'écrire quelque part.
Q.Pourquoi t'as pas direct appelé la police en sortant ?+
Parce que je suis entrée chez lui sans autorisation. La clé était à lui, le paillasson à lui, l'appart à lui. Légalement c'est moi qui ai commis quelque chose.
Q.Il sait que t'es entrée ?+
Je crois que oui. La clé du lendemain avait une nouvelle étiquette. Y'avait écrit 'à bientôt'. Je l'ai pas reprise. Je la regarde juste depuis mon œilleton.
Q.T'as déménagé du coup ?+
J'ai signé un préavis ce matin. Je pars le 30. Sauf que je sais pas encore où j'irai et je sais pas si une nouvelle adresse va suffire.
Q.Et le carnet rouge ?+
Je l'ai pas ouvert. Mais le mec avec qui j'étais en mai dernier, je l'ai appelé. Il a déménagé en juillet sans prévenir personne. Il m'a raccroché au nez quand j'ai dit le nom de mon voisin.
Q.Il va bien Monsieur Renaud ?+
Il sourit toujours. Il dit toujours bonjour. Il pose toujours la clé à 23h pile. Tout est exactement comme avant. C'est ça le pire.
À lire aussi
Dans la même catégorie
Explore par thème
Un tap, ça crée le sondage avec ta question — édite si tu veux.