🎄À 12 ans, j'ai vu le Père Noël entrer dans le salon. Mes parents dormaient.
J'avais 12 ans, donc l'âge où tu sais déjà. Sauf que cette nuit-là, j'ai vu quelqu'un. Et le cadeau du matin, personne ne pouvait l'expliquer.
Contexte: 12 ans, je ne crois plus depuis longtemps
À 12 ans tu ne crois plus. Tu fais semblant pour ne pas casser le truc de tes parents, mais tu sais. Ma cousine de 8 ans dormait dans la chambre d'ami, alors mes parents avaient remis en route le rituel: laisser un verre de lait, une carotte, mettre les cadeaux à minuit pile. Je me suis couchée à 22 h en faisant la grande qui s'en fiche. Vers minuit et demi, j'ai entendu un bruit en bas. Pas un bruit fort. Un bruit lourd. Comme quelqu'un qui marche en essayant de ne pas faire de bruit, mais qui pèse trop pour y arriver. J'ai pensé: c'est papa qui pose les cadeaux. J'ai descendu trois marches pour mater. Et là, j'ai vu.
Ce que j'ai vu depuis l'escalier
Le sapin était allumé. Personne ne l'avait allumé. Mes parents éteignaient toujours avant de monter. Devant le sapin, il y avait quelqu'un. De dos. Manteau rouge, capuche rabattue, bordure blanche pas brillante, pas le truc en plastique de supermarché. Un truc épais, mat, comme de la vraie laine mouillée par la neige. Il était grand. Plus grand que mon père. Il bougeait lentement, comme s'il connaissait la pièce. Il n'avait pas de sac. Il tenait un seul paquet, plat, format livre. Il l'a posé pas dans le sapin, mais sur le rebord de la cheminée. Et il s'est figé.
Les 4 minutes
J'ai compté après. À ce moment-là je ne comptais rien, je ne respirais plus. Il est resté debout devant la cheminée, sans bouger, pendant ce qui m'a paru une heure. J'ai regardé l'horloge du salon à travers la rampe: 00 h 37. Quand il a enfin tourné la tête, il était 00 h 41. Quatre minutes. Pendant ces quatre minutes, j'ai entendu quelque chose que je n'ai pas pu nommer sur le coup et que je n'ai toujours pas nommé. Un son très bas, comme un souffle long, régulier, presque calme. Comme si la pièce respirait à sa place. Et le sapin clignotait au rythme du souffle.
Le regard
Il a tourné la tête vers l'escalier. Direct. Pas une recherche, pas un balayage. Il savait où j'étais. La capuche est restée sur les yeux, donc je n'ai pas vu son visage, juste le bas: une barbe, mais pas blanche. Brune. Mal taillée. Une bouche fermée, droite, sans sourire ni grimace. Il m'a regardée pendant peut-être dix secondes. Et il a fait, très lentement, le geste avec l'index sur les lèvres. Chut. Pas menaçant. Pas tendre non plus. Comme un accord. Comme: tu m'as vu, c'est ok, mais tu te tais. Puis il est parti par la porte du salon, qu'il a refermée derrière lui sans claquer. La porte d'entrée, je ne l'ai pas entendue.
Le matin: le cadeau qui n'aurait pas dû être là
Je suis descendue avant tout le monde. Le verre de lait était vide. La carotte avait été mordue, pas mangée, mordue. Sur le rebord de la cheminée, le paquet plat. Mes parents arrivent. Ma mère le voit, fronce, regarde mon père. Mon père hausse les épaules genre 'c'est pas moi'. Pas le ton de quand on ment à un enfant. Le vrai ton. Le paquet n'avait pas d'étiquette. À l'intérieur: un livre. Pas un livre acheté. Un carnet relié cuir, avec à l'intérieur une seule phrase écrite à la main en haut de la première page: 'Pour quand tu auras oublié.' Le reste était vide. 200 pages vierges.
L'interrogatoire de mes parents
J'ai harcelé mes parents pendant deux ans. Pas un Noël sans relancer. Ma mère répétait qu'elle ne savait pas, que peut-être ma cousine avait posé un truc, peut-être ma tante était passée tôt. Mais ma cousine avait 8 ans et personne ne s'était levé. La maison était fermée à clé, alarme branchée (je l'ai vérifié sur le journal de l'alarme: aucune ouverture entre 22 h 14 et 7 h 02). Mon père, lui, a fini par me dire un soir, à demi-mot, qu'il avait entendu lui aussi le bruit en bas et qu'il s'était dit 'c'est elle qui descend voir les cadeaux', donc il s'était rendormi. Mais qu'au matin il avait trouvé la porte du salon entrouverte. Et qu'eux ne la laissaient jamais ouverte la nuit.
Le carnet 13 ans après
J'ai 25 ans. Le carnet est toujours chez moi. J'ai essayé d'écrire dedans plein de fois, je n'arrive pas. Chaque fois que je pose un stylo sur la première page, j'ai l'impression que la phrase 'Pour quand tu auras oublié' me regarde et me dit que ce n'est pas encore le moment. L'année dernière j'ai montré le carnet à une amie relieuse: elle m'a dit que le cuir était vieux, vraiment vieux, années 50 au moins, et que le type de couture ne se fait plus depuis longtemps. Donc soit quelqu'un, cette nuit-là, m'a déposé un objet ancien chez moi. Soit autre chose. Je ne sais pas ce qui est pire.
Ce que j'en pense maintenant
Je ne crois pas au Père Noël. Je ne crois pas non plus que ce soit un cambrioleur, parce qu'un cambrioleur ne laisse pas un cadeau, ne fait pas chut, ne referme pas la porte derrière lui en silence. Je ne crois pas à un voisin déguisé, parce qu'aucun voisin n'avait nos clés et l'alarme n'a pas sonné. Il me reste deux théories. Une: quelqu'un que je ne connais pas, lié à ma famille d'avant moi, est venu cette nuit-là me déposer un objet qui m'attendait. Deux: il y a, certaines nuits, dans certaines maisons, quelque chose qui passe et qui choisit qui voit. Vous, vous croyez quoi?
Idées de sondage prêtes à lancer
- 1Tu crois quoi pour cette nuit-là?Un proche déguiséUn cambrioleur bizarreVraiment 'autre chose'Elle dormait, c'est un rêveLancer ce sondage
- 2Le 'chut' avec le doigt: ça te fait quoi?GlaçantPlutôt rassurantTrop scénariséBizarrement familierLancer ce sondage
- 3Tu ouvres le carnet et tu écris quoi?Rien, je n'ose pasMon nomUne question pour luiJe le brûleLancer ce sondage
- 4Tes parents ont menti?100% ouiNon, eux non plus n'ont pas comprisIls savent un truc qu'ils protègentMystèreLancer ce sondage
- 5Toi, à 12 ans, tu descends voir ou pas?Je descends directJe mate depuis l'escalier (comme elle)Je remonte me cacherJe réveille mes parentsLancer ce sondage
Questions fréquentes
Q.C'est une vraie histoire?+
C'est l'histoire telle qu'elle me l'a racontée. Le carnet existe, je l'ai vu. Le reste, je peux juste dire que la personne qui raconte ne raconte pas comme quelqu'un qui invente.
Q.Tu as reconfronté tes parents à l'âge adulte?+
Oui, à 22 ans, sérieusement. Mon père a refait la même tête que cette nuit-là: il ne sait pas. Ma mère a pleuré et a dit 'arrête de demander, ça me fait peur aussi'. Je n'ai plus demandé.
Q.Pourquoi tu n'écris pas dans le carnet?+
Parce que la phrase dit 'pour quand tu auras oublié'. Et je n'ai pas oublié. J'ai l'impression que si j'écris avant d'avoir oublié, je casse quelque chose.
Q.Tu as cherché qui aurait pu entrer?+
Oui. J'ai fait la liste des gens qui auraient pu avoir un double des clés en 2013: personne ne correspond à un homme grand barbu brun. Et l'alarme n'a pas bipé. C'est ça que je n'arrive pas à expliquer.
Q.Tes amis ado, ils croient l'histoire?+
À l'ado, personne ne croit. Tout le monde dit 'c'est ton père'. Sauf qu'à l'ado on a fait une soirée chez moi, on a regardé le carnet, et trois copines ont refusé de dormir au salon. Sans que je leur raconte l'histoire.
Q.Tu fêtes encore Noël?+
Oui. Mais je ne dors plus jamais dans la maison de mes parents la nuit du 24. Je rentre chez moi. Et je laisse le carnet ouvert sur ma table de chevet, à la première page. Au cas où.
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